Un pont vers le Brésil

C’est avec grand plaisir que j’annonce le lancement de plus55.com – premier média brésilien anglophone traitant du Brésil, destiné aux étrangers. plus55 couvre le Brésil de façon exhaustive : politique, économie, société, culture, tout y est investigué. Pour Gustavo, le Brésil est un pays complexe qui mérite, non d’être interprété, mais traduit.

plus55 – Your bridge to Brazil

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Parlons Brésil change d’adresse

Parlons Brésil va désormais être hébergé sur Medium.com. J’espère que vous aimerez le nouveau visage du site et vous invite à lire mon premier article sur Medium. Vos impressions sont les bienvenues.

Sans égard pour nos musées

Faute d’investissement, le Brésil risque de perdre ses principaux musées. Le déclin a déjà commencé

Les chiffres sont respectables. Le Brésil a 3.200 musées publics et privés, selon le Ministère de la culture. Soit presque trois fois plus qu’en France. Pourtant, la réalité du secteur au Brésil est catastrophique. Les musées prolifèrent, mais le pays n’arrive pas à les préserver. Environ une centaine de lieux sont fermés, faute d’investissements et de main-d’œuvre spécialisée. La plupart de ceux qui restent ouverts attirent très peu de visiteurs. Dans ce contexte, les musées sont contraints de réduire leur personnel et les heures d’ouverture — diminuant encore plus la possibilité de les rendre plus attrayants pour le public. A Uberlândia, l’une des principales villes de l’état du Minas Gerais (2e en population), les musées ferment les weekends et fonctionnent pendant la semaine entre 8h et 17h — avec une pause déjeuner qui peut durer 2h30. Ce n’est pas la meilleure stratégie pour changer la réalité actuelle.

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L’adieu à la réforme politique

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Depuis juin 2013, lorsque des millions de personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre le système politique en vigueur au Brésil, « réforme politique » est devenu un terme en vogue à Brasília. Cependant, la Chambre des députés du Brésil a rejeté mardi dernier deux propositions sur cette « réforme ». Curieusement, c’est une bonne nouvelle. Les deux projets défendus par le président de la Chambre, Eduardo Cunha, provoqueraient des distorsions encore plus prononcées dans un système déjà en pleine crise de représentation. Quand on demande une réforme au Brésil, souvent on oublie qu’elle peut empirer ce qui est déjà mauvais. C’était le cas de ces propositions pour changer la politique brésilienne.

La principale des deux changerait radicalement les élections parlementaires. Aujourd’hui, les membres du Parlement sont élus à travers un système représentatif mixte. On vote pour un individu, mais ce sont les votes de la coalition qui comptent. Résultat : quelques phénomènes électoraux comme le clown Tiririca (oui, il est vraiment clown), pour qui 2 millions d’électeurs ont voté, élisent d’autres candidats qui remportent très peu de voix. Comme alternative, Eduardo Cunha défendait un système majoritaire où les candidats ayant le plus de suffrages de chaque état fédéré seraient élus.

Le problème ? Dans un pays où le pouvoir économique est un facteur majeur dans la politique, une telle mesure rendrait les candidatures encore plus personnalistes et moins idéologiques. Un écosystème parfait pour des populistes capables de s’acheter des voix. Le modèle proposé ignore complètement la performance des partis et dans le long terme diminue la représentation des minorités au sein du Parlement. Au lieu d’un seul Tiririca on en aurait 100.

Le second projet voté mardi diminuerait encore plus la participation des Brésiliens au système électoral. Aujourd’hui, nous votons tous les deux ans : lors des élections générales (président, gouverneurs d’états fédérés, parlementaires fédéraux et régionaux) et des élections régionales (maires et membres des conseils municipaux). La réforme instaurerait un calendrier où les Brésiliens ne voteraient qu’une seule fois tous les cinq ans – et par conséquent éloignerait encore plus les gens de la participation politique.

L’examen de ces propositions en session plénière résulte de l’autoritarisme du président de la Chambre des députés. Au début de la législature, il y a trois mois, une commission temporaire consacrée à la réforme politique a été instaurée. Cunha a choisi pour sa composition majoritairement des députés de l’opposition, dans un geste d’affrontement vis-à-vis du gouvernement. Après les trois mois de travail, la commission a présenté une série de propositions qui ne lui ont pas du tout plu. Il a alors ignoré son travail et mis à l’ordre du jour la proposition qui lui convenait. Et a connu sa première défaite depuis son élection à la présidence de la Chambre.

Cela ne veut pas forcément dire qu’il va diminuer les piques contre le gouvernement. Selon le journaliste Lauro Jardim, de l’hebdomadaire Veja, il veut faire voter au Parlement la proposition d’amendement à la Constitution instaurant le parlementarisme au Brésil. Sa victoire est très improbable, mais Cunha a déjà prouvé qu’il est capable de mobiliser ses collègues parlementaires.

Dans la presse française

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Je viens d’avoir mon premier article publié par un média français. Non-francophone d’origine, c’est un moment très important pour ma carrière journalistique. Une réflexion sur la montée du conservatisme au Brésil. Je vous invite donc à aller sur Médiapart et le lire, le critiquer, donner vos avis et suggestions !

 

Au Brésil, le conservatisme gagne du terrain

Au Parlement, le gouvernement du Parti des travailleurs subit des défaites politiques successives et assiste à la montée du conservatisme politique. Depuis la re-démocratisation brésilienne de 1985, la droite n’a jamais été aussi forte.

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La fausse « démocratie raciale »

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Le 13 mai est un jour comme n’importe quel autre au Brésil. Ce n’est pas un jour férié ; aucune manifestation n’aura lieu. Cette date, pourtant, ne devrait pas être ignorée par les Brésiliens. Le 13 mai marque l’abolition de l’esclavage. Le fait que cette date ne soit pas l’une des « dates nationales » n’est pas anodin. L’un des faux clichés sur le Brésil auquel on veut bien croire, c’est l’idée selon laquelle le pays est une « démocratie raciale ». Un pays de métis où la couleur de peau importe peu. La réalité est plus complexe.

Pendant toute sa période coloniale et, ensuite, monarchique, l’économie brésilienne a été essentiellement agricole – et esclavagiste. Entre le XVIe et le XIXe siècle, presque 5 millions d’africains noirs sont arrivés sur les côtes brésiliennes soit 40% de tous les esclaves amenés en Amérique. L’autorité impériale de l’époque a décalé autant que possible la libération des esclaves, et n’a jamais remis en question les intérêts des propriétaires terriens. Comme disait une brochure du Parti conservateur de l’époque, « les deux institutions [l’Empire et l’esclavage] se défendent toutes les deux par les mêmes arguments : la tradition, la coutume et la loi ».

Finalement, le 13 mai 1888, le Brésil a aboli universellement l’esclavage – le dernier pays occidental à le faire. La transition a été prévue pour être lente et afin de préserver la production agricole des seigneurs, sans aucun égard vis à vis des esclaves. En fait, les producteurs ruraux ont fini par réaliser que la traite négrière coutait cher et n’était plus aussi rentable. Au Brésil, l’abolition n’est pas passée par une révolution, comme en Haïti, ou une guerre civile, comme aux Etats-Unis. Les élites ont donc pu contrôler tout le processus de substitution du travail d’esclave. Tardive, l’abolition a aussi causé un problème ressenti jusqu’à présent. Ni le gouvernement, ni les abolitionnistes n’ont pensé à l’après-libération.

Aux Etats-Unis, le gouvernement de la reconstruction de l’après-guerre civile a créé un bureau pour les 4 millions d’esclaves libérés. Ces derniers ont aussi reçu un morceau de terre et une mule. Ce n’est pas beaucoup certes, et les Etats-Unis sont loin d’être un modèle d’intégration des ex-esclaves, mais c’est déjà beaucoup plus qu’au Brésil, où ils ont été abandonnés à leur propre sort. Les lois urbaines de la fin du XIXe siècle interdisaient quelques professions aux noirs et limitaient leur accès au logement et à la santé.

Aujourd’hui, sur les 10% des Brésiliens les plus pauvres, 70% sont noirs. Une étude gouvernementale montre que 75% des adolescents tués au Brésil sont également noirs. Récemment, Facebook a été envahi par d’immondes manifestations racistes. Un couple (lui blanc, elle noire) a posté une photo d’eux ensemble; à la suite de cela, des dizaines de personnes lui ont demandé « où est-ce que tu l’as achetée ? ». La menace de se faire emprisonner (le racisme est un crime au Brésil) ne les arrête pas.

Et pas mal de gens insistent : les quotas raciaux pour accéder aux universités publiques sont un attentat contre la méritocratie. Vraiment ?

La promesse vide du PT

Les partis politiques brésiliens ont le droit de diffuser deux fois par an, gratuitement, un spot de quelques minutes (entre 5 et 10, selon le nombre d’élus). Ce soir, le Parti des travailleurs s’adresse à la nation. Le parti au pouvoir depuis 2003 promet un message fort, contre les illégalités qui ont pu être commises au cours des années. N’importe quel membre du parti en sera expulsé si condamné par la Justice.

C’est risible. Cette tentative de sauver la face contredit l’histoire récente du parti le plus important du Brésil. Impliqué dans l’affaire du mensalão, un scandale qui a exposé les pots-de-vin payés par le gouvernement à des parlementaires pour assurer une majorité à l’Assemblée nationale, le PT a toujours défendu ses criminels. Certains des principaux noms du parti ont été condamnés à cause de leur participation à l’affaire.

José Dirceu, ancien chef de cabinet de Lula, a été condamné à presque 8 ans de prison pour avoir été à la tête de l’« organisation criminelle sophistiquée », comme le Procureur-Général de la République a appelé le groupe faisant partie dugouvernement Lula. Henrique Pizzolatto, ancien directeur de la Banque du Brésil, a été condamné à 12 ans de prison ferme. José Genoino, ancien président du parti ; condamné à 4 ans. João Paulo Cunha, ancien député ; à 6 ans. Delúbio Soares, ancien trésorier, à 6 ans.

Au-delà de leur casier, ces hommes ont en commun l’indulgence reçue par le parti. Ils sont toujours au PT. Le parti les a non seulement défendus, mais les a appelé des « prisonniers politiques ». Victimes d’une campagne des médias et des élites contre un parti populaire.

Maintenant, le PT est encore une fois l’épicentre d’une affaire de corruption – l’affaire Petrobras. Son trésorier actuel a été arrêté par la Police fédérale. Même Lula, le gourou qui a quitté la présidence de la République jouissant de l’approbation de 80% des Brésiliens, n’est pas sauf. Il est soupçonné d’avoir fait du lobbying pour l’entreprise de construction Odebrecht, impliquée dans l’affaire Petrobras. Lula aurait utilisé son influence pour aider l’entreprise à signer des contrats surfacturés avec plusieurs pays (dont Cuba, République Dominicaine, Ghana…). De plus, Lula aurait forcé la banque de développement brésilienne à financer ces projets.

Et alors, dans l’éventualité d’une possible condamnation de Lula, serait-il expulsé ? Je doute fort que le PT tiendra cette promesse.

Brasília, 55 ans !

Athos

Le 21 avril 1960, Brasília, la nouvelle capitale brésilienne, a été inaugurée. Brasília est le fruit de l’esprit entrepreneur d’un président, de la créativité d’un architecte et d’un urbaniste, et de la sueur de milliers de Brésiliens issus de toutes les régions du pays. Créée à partir de rien dans une région non peuplée du pays au climat désertique et loin de tout, la ville représente la réalisation d’une utopie qui a transformé le Brésil et aidé à forger une nation. Comme toutes les utopies, Brasília nous présente des idées innovantes – et n’arrive pas à atteindre l’idéal de ses fondateurs.

Juscelino Kubistchek, le président dont le slogan de campagne était « 50 ans en 5 », c’est-à-dire promouvoir 50 ans de développement durant son quinquennat, a transformé la construction d’une nouvelle capitale au centre dépeuplé du pays comme axe majeur de sa politique. La nouvelle capitale devenait fondamentale pour ledéveloppement de la région centrale. Brasília, symbole du progrès promis, devait être différente de tout. En effet, que vous aimiez ou non Brasília, vous ne pouvez pas dire avoir déjà vu une ville pareille.

Cette unicité est due à l’urbaniste Lucio Costa, le créateur du centre-ville en forme d’avion, et à l’architecte Oscar Niemeyer, responsable pour les bâtiments modernistes, en béton armé et dotés de colonnes originales. Disciple du Corbusier, Niemeyer a dessiné les bâtiments résidentiels de la capitale à l’image de la Cité Radieuse de Marseille. Le pilotis, l’espace de circulation à travers l’immeuble au rez-de-chaussée, est unique dans un pays où les gens cherchent à se protéger derrière des barrières. Niemeyer a pensé une ville où pauvres et riches cohabitent, où le commerce local est favorisé.

Placée dans une région de faible humidité de l’air (environ 10% pendant la saison sèche), Brasília arrive pourtant à être exubérante avec ses 7 millions d’arbres au centre-ville. Si Londres a de gigantesques parcs partout, Brasília est un parc en soi. Bien qu’à mille kilomètres de la plage la plus proche, Brasília est la deuxième ville brésilienne en nombre de bateaux, grâce au lac Paranoá.

Toutefois, le rêve des fondateurs, une ville où les pauvres et les riches cohabitent, n’a pas été réalisé. La capitale nationale n’échappe pas à la règle brésilienne : l’inégalité profonde. Dans l’« avion », la qualité de vie est parmi les plus élevées du Brésil. De grands appartements à coté de bonnes écoles, un réseau de transports en commun acceptable… A 20 kilomètres du centre-ville, la réalité est bien différente.

Dans les quartiers défavorisés, l’insalubrité contraste de façon frappante avec les bons coins. Des problèmes d’ approvisionnement d’eau potable et d’électricité sont facilement observables. Les taux de criminalité transforment quelques quartiers en véritables « no-go zones ». Enfin, la capitale concentre aussi bien le meilleur que le pire du Brésil.

La jeune capitale commence à peine à former des générations de « brasilienses ». Si presque personne n’est brasiliense pur jus, Brasília fait preuve d’une hospitalité impressionnante et accueille tout le monde. Bien que je sois né à Minas Gerais (Etat du Sud-Est du Brésil), chez moi, c’est Brasília. Je ne peux terminer ce texte qu’en souhaitant un joyeux anniversaire à cette ville que j’aime tellement !

 

Le Brésil, un pays très conservateur

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Pour ceux qui ne connaissent pas bien le Brésil, les images des paysages paradisiaques, avec des filles sur la plage portant des micro-bikinis peuvent donner l’impression d’un pays très, très libéral. Un paradis tropical où tout est permis. L’image d’un peuple toujours souriant et accueillant peut également donner l’illusion d’une ouverture d’esprit inhérente au géant sud-américain. Cette image est pourtant erronée. Le Brésil est un pays très conservateur.

Avec une tradition catholique ancrée dans son histoire, le Brésil interdit toujours l’avortement (sauf en cas de viol, de grossesse représentant un risque pour la vie de la mère ou encore quand le bébé n’a pas de cerveau). Les femmes gagnent toujours moins que les hommes. Pour 37% de la population, la pauvreté résulte de la paresse et non de l’inégalité des chances. Le mariage homosexuel a été approuvé par la Cour suprême en 2011. Pourtant, de nombreux juges (responsables des mariages au Brésil) continuent à refuser les mariages de couples du même sexe.

En 2014, le pays a élu le Parlement le plus conservateur depuis 1964, année où les militaires ont pris le pouvoir par un coup d’Etat. Les résultats ne se sont pas fait attendre. La semaine dernière, la Commission de constitution et justice de la Chambre des députés a approuvé une proposition de loi visant à abaisser de 18 à 16 ans la majorité pénale.

En faveur de la décision a joué l’argument selon lequel les jeunes concernés ont pleinement conscience de leurs actions. Ils sont aussi davantage cooptés par des organisations criminelles justement parce que soumis à des peines moins importantes que les adultes (3 ans maximum ; contre 30 ans maximum pour un adulte). Cette mesure était débattue depuis les années 1990, mais n’a été votée que maintenant. La surprise demeure dans le fait que cela ait pris tant de temps pour qu’elle soit votée. Un sondage d’un site web d’information brésilien montre que la décision est soutenue par 88% de ses visiteurs.

Toutefois, la réduction de la majorité pénale relève de l’absurdité. L’argument selon lequel le système brésilien n’est pas assez répressif ne résiste pas à un examen rapide : avec une loi donnant des pouvoirs à l’Etat à l’encontre des adolescents dès l’âge de 12 ans, il s’agit d’un des systèmes les plus durs au monde.

De plus, seulement 1% des adolescents emprisonnés ont commis des crimes de sang. Il semble aberrant d’enfermer des jeunes entre 16 et 18 ans dans des prisons encombrées et dominées par des groupes criminels. Imaginer une quelconque sorte de réintégration sociale devient alors un exercice de naïveté. La mesure a l’air plutôt palliative, pour donner une sensation de violence combattuealors qu’elle ne s’attaque qu’aux conséquences et non pas aux causes.

Comme l’a dit dans son éditorial le quotidien Folha de São Paulo, l’expérience suggère que dans une société aussi inégale que la société brésilienne, le durcissement pénal sera appliqué de façon sélective. Le Parti des travailleurs a annoncé son intention de faire appel à la Cour suprême pour interroger la légalité de la réduction de la majorité pénale. Ce blog espère que l’action du PT aboutira. Car les résultats d’une mesure aussi populiste seraient forcément pernicieux.

Les JO à la brésilienne

B-Guab

Quand le Brésil a postulé pour accueillir la Coupe du monde de football et des Jeux Olympiques, le gouvernement a fait part de l’impact bénéfique que cela aurait sur le long terme. La Coupe du monde aurait lieu dans 12 villes souhaitant être modernisées – transports en commun, hôtellerie et infrastructure – au-delà d’une accélération économique « sans précédent » comme promis par l’ancien président Lula. Tout cela justifierait les milliards d’euros pour la construction de stades – même ceux des villes sans tradition footballistique (telles que Manaus et Brasília), où la moyenne des spectateurs n’atteint pas les 1 000 personnes pour les ligues locales.

Presque 10 milliards d’euros ont été dépensés. Et nous attendons toujours la modernisation des infrastructures. Pour les JO, la promesse fut similaire. Rio aurait finalement un métro digne de ce nom, les jeunes issus de quartiers défavorisés bénéficieraient d’une intégration sociale grâce au sport. Enfin, la Baie de Guanabara, l’une des plus célèbres cartes-postales mondiales, serait dépolluée à 80% pour les compétitions de voile. Il est absurde qu’un pays ait besoin d’héberger un événement de cette envergure pour y implanter ces services basiques. Le pire dans tout cela est que même avec ces événements, le Brésil n’arrive pas à le faire.

Le budget des JO de Rio 2016 a déjà explosé. A 500 jours de l’ouverture des jeux, l’estimation est de l’ordre de 10 milliards d’euros – supérieure donc aux coûts de la Coupe du monde. Les travaux de mobilité urbaine ne seront pas achevés. Le maire de Rio, Eduardo Paes, a déjà annoncé qu’il demandera aux entreprises privées de donner des congés à leurs employés pendant les JO – pour que le trafic soit moins chaotique que l’habitude. La même stratégie a été utilisée lors de la Coupe du monde.

Au-delà de tout cela, la dépollution de la Baie de Guanabara n’est toujours pas devenue réalité. Paes a déclaré la semaine dernière que Rio a laissé passer sa chance. L’administration publique a essayé un partenariat avec une ONG. Cependant, cette dernière s’est refusée lundi dernier à participer aux travaux. Dans un communiqué de presse, l’institution déclare que « malgré le fait d’avoir les capacités pour ce défi, il représente un risque pour l’image de l’organisation ».

Et alors ? Alors le risque est de voir le gouvernement trouver une solution fictive et que les JO se déroulent sans problèmes trop apparents – au moins pour les téléspectateurs ; comme la Coupe du monde. Et comme la Coupe du monde, le non-échec va stimuler les gouvernements (fédéral et local) à continuer dans sa voie de la mégalomanie et de l’irresponsabilité. Il est clair que l’on n’a pas appris avec « Coupe de coupes », surnom du gouvernement pour un événement qui a laissé presque nul bénéfice pour le Brésil.

L’absence de responsabilisation des autorités publiques brésiliennes est parfaitement traduite par le cynisme de Carlos Nuzman, président à la fois du Comité olympique brésilien et du Comité Rio 2016, selon qui la pollution dans la Baie de Guanabara n’affectera pas les JO : « Tous les athlètes qui participent aux compétitions de voile dans la Baie seront dans la même eau. Donc, les meilleurs vont vaincre ». Le Brésil, comme d’habitude, perdra.

 

La (non) présence du football dans la littérature brésilienne

29702_I_futbolIl est indiscutable que le football a une importance monumentale dans la culture brésilienne. Dans l’imaginaire international, il est pratiquement impossible de parler du Brésil sans évoquer le football ; et vice-versa. Il est de loin le sport national qui motive des conversations dans les bars, dans les ascenseurs… Malgré cette position privilégiée dans le quotidien des Brésiliens, on retrouve rarement le football dans la littérature du pays. Lors du Salon du Livre de Paris, qui a eu lieu le week-end dernier, le sujet a été au cœur d’un débat avec les auteurs brésiliens Paulo Lins, connu grâce à la « Cité de Dieu », et Sérgio Rodrigues, auteur de « Dribble », un roman où le foot est la métaphore du Brésil.

Dans son intervention, Rodrigues s’est attaqué justement à la présence marginale du football dans la littérature. Jusqu’aux années 1980, les grands textes sur le sport étaient issus de la chronique sportive. « Un genre devenu unique au Brésil et qui, dans ces meilleurs moments, est doté d’une remarquable qualité littéraire », dit l’auteur de « Dribble ». Il n’a pas tort. La chronique sportive, aujourd’hui confinée à une analyse froide des matchs, était jadis le territoire d’action de deux grands écrivains brésiliens : Paulo Mendes Campos et Nelson Rodrigues. Ce dernier est considéré comme le plus grand dramaturge du Brésil.

Leurs textes parlaient de la psyché brésilienne ; l’inconscient collectif, les angoisses, les conflits et contradictions de la société. Ah, et de football aussi… Les matchs étaient pourtant le fil d’une narrative très élégante – mais en constituaient pas du tout le plus important. La littérature, de son côté, a beaucoup négligé ce qui représente le sport national. La critique littéraire brésilienne a même dénoncé cette « dette » des écrivains vis-à-vis du football. Aujourd’hui, selon Rodrigues, la dette commence à être réglée. Au-delà de la sienne, il cite d’autres œuvres, telles que « Veneno Rémedio » (poison et remède), de José Miguel Wisnik, et « Páginas sem glória » (des pages sans gloire), de Sérgio Sant’Anna.

Paulo Lins, lui, représentait dans cette table ronde un type de Brésilien presque considéré comme paria : celui qui déteste le foot. Un athée dans un pays de fondamentalistes. En France, par exemple, personne ne doit se justifier de ne pas aimer le football. Moi, personnellement, je connais très peu de Français qui l’aiment. Cependant, au Brésil, la phrase « Je n’aime pas le foot » est toujours suivie de : « Mais comment peux-tu ne pas l’aimer ? Comment est-ce possible ? », « Pourquoi ? »,« Même pas pendant la Coupe du monde ? ».

En France, le football a des racines populaires. Les joueurs qui ont disputé la première Coupe du monde en 1930 étaient des ouvriers. Au Brésil, ce sport qui aujourd’hui passionne les riches comme les pauvres était à la base un sport d’élite, interdit aux pauvres et aux Noirs, justement les responsables de la transformation du foot brésilien en référence mondiale.