La fausse « démocratie raciale »

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Le 13 mai est un jour comme n’importe quel autre au Brésil. Ce n’est pas un jour férié ; aucune manifestation n’aura lieu. Cette date, pourtant, ne devrait pas être ignorée par les Brésiliens. Le 13 mai marque l’abolition de l’esclavage. Le fait que cette date ne soit pas l’une des « dates nationales » n’est pas anodin. L’un des faux clichés sur le Brésil auquel on veut bien croire, c’est l’idée selon laquelle le pays est une « démocratie raciale ». Un pays de métis où la couleur de peau importe peu. La réalité est plus complexe.

Pendant toute sa période coloniale et, ensuite, monarchique, l’économie brésilienne a été essentiellement agricole – et esclavagiste. Entre le XVIe et le XIXe siècle, presque 5 millions d’africains noirs sont arrivés sur les côtes brésiliennes soit 40% de tous les esclaves amenés en Amérique. L’autorité impériale de l’époque a décalé autant que possible la libération des esclaves, et n’a jamais remis en question les intérêts des propriétaires terriens. Comme disait une brochure du Parti conservateur de l’époque, « les deux institutions [l’Empire et l’esclavage] se défendent toutes les deux par les mêmes arguments : la tradition, la coutume et la loi ».

Finalement, le 13 mai 1888, le Brésil a aboli universellement l’esclavage – le dernier pays occidental à le faire. La transition a été prévue pour être lente et afin de préserver la production agricole des seigneurs, sans aucun égard vis à vis des esclaves. En fait, les producteurs ruraux ont fini par réaliser que la traite négrière coutait cher et n’était plus aussi rentable. Au Brésil, l’abolition n’est pas passée par une révolution, comme en Haïti, ou une guerre civile, comme aux Etats-Unis. Les élites ont donc pu contrôler tout le processus de substitution du travail d’esclave. Tardive, l’abolition a aussi causé un problème ressenti jusqu’à présent. Ni le gouvernement, ni les abolitionnistes n’ont pensé à l’après-libération.

Aux Etats-Unis, le gouvernement de la reconstruction de l’après-guerre civile a créé un bureau pour les 4 millions d’esclaves libérés. Ces derniers ont aussi reçu un morceau de terre et une mule. Ce n’est pas beaucoup certes, et les Etats-Unis sont loin d’être un modèle d’intégration des ex-esclaves, mais c’est déjà beaucoup plus qu’au Brésil, où ils ont été abandonnés à leur propre sort. Les lois urbaines de la fin du XIXe siècle interdisaient quelques professions aux noirs et limitaient leur accès au logement et à la santé.

Aujourd’hui, sur les 10% des Brésiliens les plus pauvres, 70% sont noirs. Une étude gouvernementale montre que 75% des adolescents tués au Brésil sont également noirs. Récemment, Facebook a été envahi par d’immondes manifestations racistes. Un couple (lui blanc, elle noire) a posté une photo d’eux ensemble; à la suite de cela, des dizaines de personnes lui ont demandé « où est-ce que tu l’as achetée ? ». La menace de se faire emprisonner (le racisme est un crime au Brésil) ne les arrête pas.

Et pas mal de gens insistent : les quotas raciaux pour accéder aux universités publiques sont un attentat contre la méritocratie. Vraiment ?

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