Parlons Brésil change d’adresse

Parlons Brésil va désormais être hébergé sur Medium.com. J’espère que vous aimerez le nouveau visage du site et vous invite à lire mon premier article sur Medium. Vos impressions sont les bienvenues.

Sans égard pour nos musées

Faute d’investissement, le Brésil risque de perdre ses principaux musées. Le déclin a déjà commencé

Les chiffres sont respectables. Le Brésil a 3.200 musées publics et privés, selon le Ministère de la culture. Soit presque trois fois plus qu’en France. Pourtant, la réalité du secteur au Brésil est catastrophique. Les musées prolifèrent, mais le pays n’arrive pas à les préserver. Environ une centaine de lieux sont fermés, faute d’investissements et de main-d’œuvre spécialisée. La plupart de ceux qui restent ouverts attirent très peu de visiteurs. Dans ce contexte, les musées sont contraints de réduire leur personnel et les heures d’ouverture — diminuant encore plus la possibilité de les rendre plus attrayants pour le public. A Uberlândia, l’une des principales villes de l’état du Minas Gerais (2e en population), les musées ferment les weekends et fonctionnent pendant la semaine entre 8h et 17h — avec une pause déjeuner qui peut durer 2h30. Ce n’est pas la meilleure stratégie pour changer la réalité actuelle.

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L’adieu à la réforme politique

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Depuis juin 2013, lorsque des millions de personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre le système politique en vigueur au Brésil, « réforme politique » est devenu un terme en vogue à Brasília. Cependant, la Chambre des députés du Brésil a rejeté mardi dernier deux propositions sur cette « réforme ». Curieusement, c’est une bonne nouvelle. Les deux projets défendus par le président de la Chambre, Eduardo Cunha, provoqueraient des distorsions encore plus prononcées dans un système déjà en pleine crise de représentation. Quand on demande une réforme au Brésil, souvent on oublie qu’elle peut empirer ce qui est déjà mauvais. C’était le cas de ces propositions pour changer la politique brésilienne.

La principale des deux changerait radicalement les élections parlementaires. Aujourd’hui, les membres du Parlement sont élus à travers un système représentatif mixte. On vote pour un individu, mais ce sont les votes de la coalition qui comptent. Résultat : quelques phénomènes électoraux comme le clown Tiririca (oui, il est vraiment clown), pour qui 2 millions d’électeurs ont voté, élisent d’autres candidats qui remportent très peu de voix. Comme alternative, Eduardo Cunha défendait un système majoritaire où les candidats ayant le plus de suffrages de chaque état fédéré seraient élus.

Le problème ? Dans un pays où le pouvoir économique est un facteur majeur dans la politique, une telle mesure rendrait les candidatures encore plus personnalistes et moins idéologiques. Un écosystème parfait pour des populistes capables de s’acheter des voix. Le modèle proposé ignore complètement la performance des partis et dans le long terme diminue la représentation des minorités au sein du Parlement. Au lieu d’un seul Tiririca on en aurait 100.

Le second projet voté mardi diminuerait encore plus la participation des Brésiliens au système électoral. Aujourd’hui, nous votons tous les deux ans : lors des élections générales (président, gouverneurs d’états fédérés, parlementaires fédéraux et régionaux) et des élections régionales (maires et membres des conseils municipaux). La réforme instaurerait un calendrier où les Brésiliens ne voteraient qu’une seule fois tous les cinq ans – et par conséquent éloignerait encore plus les gens de la participation politique.

L’examen de ces propositions en session plénière résulte de l’autoritarisme du président de la Chambre des députés. Au début de la législature, il y a trois mois, une commission temporaire consacrée à la réforme politique a été instaurée. Cunha a choisi pour sa composition majoritairement des députés de l’opposition, dans un geste d’affrontement vis-à-vis du gouvernement. Après les trois mois de travail, la commission a présenté une série de propositions qui ne lui ont pas du tout plu. Il a alors ignoré son travail et mis à l’ordre du jour la proposition qui lui convenait. Et a connu sa première défaite depuis son élection à la présidence de la Chambre.

Cela ne veut pas forcément dire qu’il va diminuer les piques contre le gouvernement. Selon le journaliste Lauro Jardim, de l’hebdomadaire Veja, il veut faire voter au Parlement la proposition d’amendement à la Constitution instaurant le parlementarisme au Brésil. Sa victoire est très improbable, mais Cunha a déjà prouvé qu’il est capable de mobiliser ses collègues parlementaires.

Dans la presse française

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Je viens d’avoir mon premier article publié par un média français. Non-francophone d’origine, c’est un moment très important pour ma carrière journalistique. Une réflexion sur la montée du conservatisme au Brésil. Je vous invite donc à aller sur Médiapart et le lire, le critiquer, donner vos avis et suggestions !

 

Au Brésil, le conservatisme gagne du terrain

Au Parlement, le gouvernement du Parti des travailleurs subit des défaites politiques successives et assiste à la montée du conservatisme politique. Depuis la re-démocratisation brésilienne de 1985, la droite n’a jamais été aussi forte.

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La fausse « démocratie raciale »

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Le 13 mai est un jour comme n’importe quel autre au Brésil. Ce n’est pas un jour férié ; aucune manifestation n’aura lieu. Cette date, pourtant, ne devrait pas être ignorée par les Brésiliens. Le 13 mai marque l’abolition de l’esclavage. Le fait que cette date ne soit pas l’une des « dates nationales » n’est pas anodin. L’un des faux clichés sur le Brésil auquel on veut bien croire, c’est l’idée selon laquelle le pays est une « démocratie raciale ». Un pays de métis où la couleur de peau importe peu. La réalité est plus complexe.

Pendant toute sa période coloniale et, ensuite, monarchique, l’économie brésilienne a été essentiellement agricole – et esclavagiste. Entre le XVIe et le XIXe siècle, presque 5 millions d’africains noirs sont arrivés sur les côtes brésiliennes soit 40% de tous les esclaves amenés en Amérique. L’autorité impériale de l’époque a décalé autant que possible la libération des esclaves, et n’a jamais remis en question les intérêts des propriétaires terriens. Comme disait une brochure du Parti conservateur de l’époque, « les deux institutions [l’Empire et l’esclavage] se défendent toutes les deux par les mêmes arguments : la tradition, la coutume et la loi ».

Finalement, le 13 mai 1888, le Brésil a aboli universellement l’esclavage – le dernier pays occidental à le faire. La transition a été prévue pour être lente et afin de préserver la production agricole des seigneurs, sans aucun égard vis à vis des esclaves. En fait, les producteurs ruraux ont fini par réaliser que la traite négrière coutait cher et n’était plus aussi rentable. Au Brésil, l’abolition n’est pas passée par une révolution, comme en Haïti, ou une guerre civile, comme aux Etats-Unis. Les élites ont donc pu contrôler tout le processus de substitution du travail d’esclave. Tardive, l’abolition a aussi causé un problème ressenti jusqu’à présent. Ni le gouvernement, ni les abolitionnistes n’ont pensé à l’après-libération.

Aux Etats-Unis, le gouvernement de la reconstruction de l’après-guerre civile a créé un bureau pour les 4 millions d’esclaves libérés. Ces derniers ont aussi reçu un morceau de terre et une mule. Ce n’est pas beaucoup certes, et les Etats-Unis sont loin d’être un modèle d’intégration des ex-esclaves, mais c’est déjà beaucoup plus qu’au Brésil, où ils ont été abandonnés à leur propre sort. Les lois urbaines de la fin du XIXe siècle interdisaient quelques professions aux noirs et limitaient leur accès au logement et à la santé.

Aujourd’hui, sur les 10% des Brésiliens les plus pauvres, 70% sont noirs. Une étude gouvernementale montre que 75% des adolescents tués au Brésil sont également noirs. Récemment, Facebook a été envahi par d’immondes manifestations racistes. Un couple (lui blanc, elle noire) a posté une photo d’eux ensemble; à la suite de cela, des dizaines de personnes lui ont demandé « où est-ce que tu l’as achetée ? ». La menace de se faire emprisonner (le racisme est un crime au Brésil) ne les arrête pas.

Et pas mal de gens insistent : les quotas raciaux pour accéder aux universités publiques sont un attentat contre la méritocratie. Vraiment ?

La promesse vide du PT

Les partis politiques brésiliens ont le droit de diffuser deux fois par an, gratuitement, un spot de quelques minutes (entre 5 et 10, selon le nombre d’élus). Ce soir, le Parti des travailleurs s’adresse à la nation. Le parti au pouvoir depuis 2003 promet un message fort, contre les illégalités qui ont pu être commises au cours des années. N’importe quel membre du parti en sera expulsé si condamné par la Justice.

C’est risible. Cette tentative de sauver la face contredit l’histoire récente du parti le plus important du Brésil. Impliqué dans l’affaire du mensalão, un scandale qui a exposé les pots-de-vin payés par le gouvernement à des parlementaires pour assurer une majorité à l’Assemblée nationale, le PT a toujours défendu ses criminels. Certains des principaux noms du parti ont été condamnés à cause de leur participation à l’affaire.

José Dirceu, ancien chef de cabinet de Lula, a été condamné à presque 8 ans de prison pour avoir été à la tête de l’« organisation criminelle sophistiquée », comme le Procureur-Général de la République a appelé le groupe faisant partie dugouvernement Lula. Henrique Pizzolatto, ancien directeur de la Banque du Brésil, a été condamné à 12 ans de prison ferme. José Genoino, ancien président du parti ; condamné à 4 ans. João Paulo Cunha, ancien député ; à 6 ans. Delúbio Soares, ancien trésorier, à 6 ans.

Au-delà de leur casier, ces hommes ont en commun l’indulgence reçue par le parti. Ils sont toujours au PT. Le parti les a non seulement défendus, mais les a appelé des « prisonniers politiques ». Victimes d’une campagne des médias et des élites contre un parti populaire.

Maintenant, le PT est encore une fois l’épicentre d’une affaire de corruption – l’affaire Petrobras. Son trésorier actuel a été arrêté par la Police fédérale. Même Lula, le gourou qui a quitté la présidence de la République jouissant de l’approbation de 80% des Brésiliens, n’est pas sauf. Il est soupçonné d’avoir fait du lobbying pour l’entreprise de construction Odebrecht, impliquée dans l’affaire Petrobras. Lula aurait utilisé son influence pour aider l’entreprise à signer des contrats surfacturés avec plusieurs pays (dont Cuba, République Dominicaine, Ghana…). De plus, Lula aurait forcé la banque de développement brésilienne à financer ces projets.

Et alors, dans l’éventualité d’une possible condamnation de Lula, serait-il expulsé ? Je doute fort que le PT tiendra cette promesse.