La (non) présence du football dans la littérature brésilienne

29702_I_futbolIl est indiscutable que le football a une importance monumentale dans la culture brésilienne. Dans l’imaginaire international, il est pratiquement impossible de parler du Brésil sans évoquer le football ; et vice-versa. Il est de loin le sport national qui motive des conversations dans les bars, dans les ascenseurs… Malgré cette position privilégiée dans le quotidien des Brésiliens, on retrouve rarement le football dans la littérature du pays. Lors du Salon du Livre de Paris, qui a eu lieu le week-end dernier, le sujet a été au cœur d’un débat avec les auteurs brésiliens Paulo Lins, connu grâce à la « Cité de Dieu », et Sérgio Rodrigues, auteur de « Dribble », un roman où le foot est la métaphore du Brésil.

Dans son intervention, Rodrigues s’est attaqué justement à la présence marginale du football dans la littérature. Jusqu’aux années 1980, les grands textes sur le sport étaient issus de la chronique sportive. « Un genre devenu unique au Brésil et qui, dans ces meilleurs moments, est doté d’une remarquable qualité littéraire », dit l’auteur de « Dribble ». Il n’a pas tort. La chronique sportive, aujourd’hui confinée à une analyse froide des matchs, était jadis le territoire d’action de deux grands écrivains brésiliens : Paulo Mendes Campos et Nelson Rodrigues. Ce dernier est considéré comme le plus grand dramaturge du Brésil.

Leurs textes parlaient de la psyché brésilienne ; l’inconscient collectif, les angoisses, les conflits et contradictions de la société. Ah, et de football aussi… Les matchs étaient pourtant le fil d’une narrative très élégante – mais en constituaient pas du tout le plus important. La littérature, de son côté, a beaucoup négligé ce qui représente le sport national. La critique littéraire brésilienne a même dénoncé cette « dette » des écrivains vis-à-vis du football. Aujourd’hui, selon Rodrigues, la dette commence à être réglée. Au-delà de la sienne, il cite d’autres œuvres, telles que « Veneno Rémedio » (poison et remède), de José Miguel Wisnik, et « Páginas sem glória » (des pages sans gloire), de Sérgio Sant’Anna.

Paulo Lins, lui, représentait dans cette table ronde un type de Brésilien presque considéré comme paria : celui qui déteste le foot. Un athée dans un pays de fondamentalistes. En France, par exemple, personne ne doit se justifier de ne pas aimer le football. Moi, personnellement, je connais très peu de Français qui l’aiment. Cependant, au Brésil, la phrase « Je n’aime pas le foot » est toujours suivie de : « Mais comment peux-tu ne pas l’aimer ? Comment est-ce possible ? », « Pourquoi ? »,« Même pas pendant la Coupe du monde ? ».

En France, le football a des racines populaires. Les joueurs qui ont disputé la première Coupe du monde en 1930 étaient des ouvriers. Au Brésil, ce sport qui aujourd’hui passionne les riches comme les pauvres était à la base un sport d’élite, interdit aux pauvres et aux Noirs, justement les responsables de la transformation du foot brésilien en référence mondiale.

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