L’adieu à la réforme politique

Camara_deputados

Depuis juin 2013, lorsque des millions de personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre le système politique en vigueur au Brésil, « réforme politique » est devenu un terme en vogue à Brasília. Cependant, la Chambre des députés du Brésil a rejeté mardi dernier deux propositions sur cette « réforme ». Curieusement, c’est une bonne nouvelle. Les deux projets défendus par le président de la Chambre, Eduardo Cunha, provoqueraient des distorsions encore plus prononcées dans un système déjà en pleine crise de représentation. Quand on demande une réforme au Brésil, souvent on oublie qu’elle peut empirer ce qui est déjà mauvais. C’était le cas de ces propositions pour changer la politique brésilienne.

La principale des deux changerait radicalement les élections parlementaires. Aujourd’hui, les membres du Parlement sont élus à travers un système représentatif mixte. On vote pour un individu, mais ce sont les votes de la coalition qui comptent. Résultat : quelques phénomènes électoraux comme le clown Tiririca (oui, il est vraiment clown), pour qui 2 millions d’électeurs ont voté, élisent d’autres candidats qui remportent très peu de voix. Comme alternative, Eduardo Cunha défendait un système majoritaire où les candidats ayant le plus de suffrages de chaque état fédéré seraient élus.

Le problème ? Dans un pays où le pouvoir économique est un facteur majeur dans la politique, une telle mesure rendrait les candidatures encore plus personnalistes et moins idéologiques. Un écosystème parfait pour des populistes capables de s’acheter des voix. Le modèle proposé ignore complètement la performance des partis et dans le long terme diminue la représentation des minorités au sein du Parlement. Au lieu d’un seul Tiririca on en aurait 100.

Le second projet voté mardi diminuerait encore plus la participation des Brésiliens au système électoral. Aujourd’hui, nous votons tous les deux ans : lors des élections générales (président, gouverneurs d’états fédérés, parlementaires fédéraux et régionaux) et des élections régionales (maires et membres des conseils municipaux). La réforme instaurerait un calendrier où les Brésiliens ne voteraient qu’une seule fois tous les cinq ans – et par conséquent éloignerait encore plus les gens de la participation politique.

L’examen de ces propositions en session plénière résulte de l’autoritarisme du président de la Chambre des députés. Au début de la législature, il y a trois mois, une commission temporaire consacrée à la réforme politique a été instaurée. Cunha a choisi pour sa composition majoritairement des députés de l’opposition, dans un geste d’affrontement vis-à-vis du gouvernement. Après les trois mois de travail, la commission a présenté une série de propositions qui ne lui ont pas du tout plu. Il a alors ignoré son travail et mis à l’ordre du jour la proposition qui lui convenait. Et a connu sa première défaite depuis son élection à la présidence de la Chambre.

Cela ne veut pas forcément dire qu’il va diminuer les piques contre le gouvernement. Selon le journaliste Lauro Jardim, de l’hebdomadaire Veja, il veut faire voter au Parlement la proposition d’amendement à la Constitution instaurant le parlementarisme au Brésil. Sa victoire est très improbable, mais Cunha a déjà prouvé qu’il est capable de mobiliser ses collègues parlementaires.

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